Saez and « God Blesse »

La subtilité, Damien Saez ne la connait pas. Des mots incendiaires qui parlent de jeunes paumés, d’amours perdus, de guerre, de mort. Le petit prince du rock est un provocateur qui dénonce l’hypocrisie. Portrait. 

La sortie du nouvel album est prévue pour le 26 mars, les dates de la tournée sont-elles déjà fixées ? 

Les dates de la tournée… On va faire Bourges le 10 avril, ça c’est sûr. Et puis on n’est pas encore trop décidé sur les festivals d’été, donc je peux pas dire grand chose. On fait l’Elysée Montmartre le 23. Et le reste je sais pas. Mais je pense que la tournée va se diviser en deux parties : une partie électrique et une partie acoustique. Mais je connais pas exactement les dates, je sais pas si on va le faire là juste avant l’été ou si on va plutôt le faire en septembre. Je sais pas trop quoi. 

Donc il y aura des concerts acoustiques et d’autres électriques, ou ce sera mélangé ? 

Ouais, je pense qu’on va pas les mélanger, parce que sur le disque, le double, ils ont trop rien à voir, enfin c’est pas la même personne. C’est plutôt que de faire un mélange, on va… Enfin, c’est comme deux films. 

Le 8 février, lors de l’enregistrement de l’émission  » Music Planet2Nite  » pour Arte, tu as interprété les nouvelles chansons de  » God Blesse « . Comment as-tu perçu les réactions du public ? 

Je sais pas s’ils ont bien… Je sais pas trop en fait, c’était assez chiant, parce que c’était pas vraiment un concert. C’était assez découpé, c’est un enregistrement d’émission télé, donc c’est pas la même ambiance, c’est pas tout d’une traite. L’endroit était très petit, et nous on était six sur scène, il faisait 45°C. Je pense que dans la salle il devait faire 35, sur scène avec les projecteurs il faisait 47 ! Sur les images c’est incroyable, t’es non-stop trempé ! Donc les gens étaient aussi un peu… C’était assez étrange, donc je peux pas me rendre compte. Le premier test en fait ça va être Bourges, et puis après l’Elysée. Mais je me fais pas de soucis. 

Le nouvel album comprend des chansons à l’ambiance classique avec piano et cordes, et d’autres plutôt rock, avec guitares lourdes. Dans quel ambiance musicale te retrouves-tu le plus ? 

Moi personnellement ? Je pense qu’il y a pas de se retrouver le plus ou apprécier le plus, je pense que ça dépend de l’heure de la journée. Et ça dépend vraiment plus du regard qu’on porte sur les choses. C’est à dire qu’il y a des moments où on va avoir le sourire, on va avoir la pêche, on va avoir envie de croquer le monde, là ce serait plus le côté rock. Et puis il y a d’autres moments un peu plus calme, où on relativise plus les choses, la vieillesse prend le dessus quoi. 

Donc là ce serait plus le côté classique.C’est un peu le reflet de deux facettes de ta personnalité ? 

Je crois que c’est pas simplement le reflet de deux personnalités, je pense que c’est le reflet de tous les gens. Je pense qu ‘on a tous ça. 

Dans  » God blesse  » le thème de la mort est toujours présent. Pourquoi en étant si jeune, tu parles autant de la mort ? Est-ce le reflet d’une peur ou d’une fascination ? 

Pas d’une fascination, non, beaucoup plus d’une angoisse. Et puis une réelle angoisse également par rapport aux autres. C’est à dire de ne pas accepter la mort des autres, de ne pas comprendre. Mais c’est pas une fascination. 

Qu’est-ce qui te fait sourire dans la vie ? Qu’est-ce qui te rend heureux ? 

Qu’est-ce qui me fait sourire ? … Une école maternelle. Le bruit, les gamins qui hurlent, qui se tapent dessus. Totale liberté, totale franchise, naïveté, spontanéité. J’adore passer à côté des écoles au moment de la récréation. Tu les vois pas et puis t’as le bruit, et ça hurle, ça braille. Ouais, ça ça me donne le sourire. Ca c’est le genre de moment où je me dis  » putain ce que t’écris c’est trop de la merde, c’est trop nul « . C’est là-dessus qu’il faut écrire, c’est pas sur… Vraiment ça ça me met des baffes. 

Tu as déclaré que ton 1er album  » Jours étranges  » est une sorte de  » journal intime de lycéen « . Comment qualifierais-tu  » God blesse  » ? 

Je dirais que c’est toujours un journal intime… Mais peut-être plus d’un enfant d’école maternelle que de lycéen ! [rires] 

Ah, c’est un peu la régression alors ? 

Je crois que c’est la régression ouais ! Mais pourtant dans la chanson  » Les hommes  » par exemple, on a une impression de recul et de maturité dans le texte…Mais je pense que lorsqu’on est enfant on est très mature. Mais l’enfant n’a pas forcément le langage qui va avec, et qu’il est très spontané et très naïf. Mais cette naïveté apparente cache souvent une maturité qui est là très très tôt. Le môme comprend très très vite, ce qui se passe entre ses parents, les rapports entre les gens. L’enfance c’est le moment où la sensibilité est plus ouverte, et ça capte de partout. Il y a une phrase en ce moment, qui est celle d’une chanson de Brel qui s’appelle  » Les vieux amants « , et il dit  » Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte « . C’est un peu ça quoi… C’est pas forcément une régression en fait. Voilà, arriver à être vieux sans être adulte 

Dans ta voix il y a comme une sorte de souffrance. Est-ce que c’est difficile pour toi de te livrer dans tes chansons, comme sur scène ? 

Sur scène c’est plus dur qu’en studio. De toutes façons la scène c’est dur. C’est dur parce que c’est comme s’il y avait du viol des deux côtés. Toi sur les gens, même s’ils viennent pour te voir, t’imposes un son, t’imposes des mots, une attitude, un caractère, des choses. Et de la même manière ces gens-là s’imposent à toi, qui es sur scène. Et des fois il y a, faut pas se mentir, c’est la symbiose, et puis des fois il y a incompréhension, des gens qui sont là ou de toi qui es en train de chanter. Et parfois on le supporte, et parfois on supporte pas quoi. Il y a des soirs ça me gavait, ah vraiment ça me gavait, je l’ai mal vécu 

Quel est ton  » disque de chevet  » ? Ton album ou ton artiste de référence ? 

Ca c’est difficile. Ah, je dirais Brel, ouais, le dernier. Celui où il y a  » Les Marquises « ,  » Orly « ,  » Voir un ami pleurer « . Ouais, mais c’est difficile parce que c’est un peu comme la différence entre la partie acoustique, classique et puis la partie rock. Il y a des moments où on a plus envie d’écouter le disque de U2 qu’on écoutait quand on avait 12 ans que Jacques Brel. Et puis il y a des moments où on n’est pas du tout dans le disque de U2, où justement on a besoin de mots qu’on comprend, de quelque chose de plus mature. Ca dépend quoi. Mais bon, à choisir entre les deux, je dirais quand même Brel.

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